Générique: Japon, 1999, 90 min. ; titre original: Kikujirô no natsu ; réalisateur: Takeshi Kitano ; acteurs: « Beat » Takeshi, Yusuke Sekiguchi, Kayoko Kishimoto, Yokozo Akamatsu, Kazuko Yoshiyuki, Ryo Terumoto ; musique: Joe Hisaishi

Hanabi

L’été arrive et Masao, gosse de Tokyo, s’ennuie. Les grandes vacances sont là et tous ses copains quittent la ville. Grâce à une amie de sa grand-mère, Masao rencontre Kikujiro (Takeshi Kitano), un yakusa roublard et renfrogné, contraint par sa petite amie d’accompagner l’enfant à la recherche de sa maman. Livrés à eux-mêmes sur les routes du Japon, l’enfant et son compère entament un voyage fait de jeux fantastiques, de rencontres inattendues et de rêves incongrus. Kikujiro va s’attacher à Masao et lui prouver que la réalité peut révéler, si l’on sait s’y prendre, une part de magie.

Pour contrebalancer la tristesse et le désespoir d’« Hana-bi », je tenais à présenter ici la face comique, déjantée et bien souvent méconnue de « Beat Takeshi » (surnom de scène de Kitano). Loin des oeuvres glaciales qui lui ont apporté la notoriété en Occident, ce dernier nous donne à voir un film drôle, poétique et léger, un road-movie plein d’émotions servi par des personnages tendres et attachants. Le réalisateur reprend une nouvelle fois son rôle fétiche de yakusa bougon qui a fait sa renommée, notamment dans « Jugatsu », mais en le détournant au profit d’une comédie où l’on retrouve bien sûr la patte de cet artiste : rythme lent, silences, jeux parfois improvisés, montage elliptique, gags enlevés, humour et violence souvent entremêlés,…

Au fil de l’aventure et des différentes péripéties qui égaient le récit, l’on se rend compte que Masao, l’enfant, est bien plus mature que Kikujiro. Ce dernier, dans un premier temps irresponsable, égoïste et tyrannique, semble mûrir au contact de son protégé : pour distraire cet enfant triste et esseulé, il prend enfin ses responsabilités d’adulte en lui offrant, au travers de jeux et autres intermèdes magiques, une enfance miraculeuse que lui n’a jamais eue.

Takeshi Kitano :
« On dit souvent aux enfants :  » Tu pourrais te comporter un peu comme un adulte ! « , alors qu’on a tous un côté enfant. Je ne sais pas si le message est de réveiller ce côté-là, mais ce qui me semble important, ce qui est essentiel, ce n’est pas de se comporter comme un enfant, mais de sentir les choses comme un enfant et de garder vivant, en soi, la manière qu’ils ont de découvrir le monde. »

Dans l’oeuvre de Kitano, les gosses ne sont donc pas les seuls garants de ce regard enfantin : que cela soit les yakusas de « Sonatine » ou les joueurs de baseball de « Jugatsu », tous se comportent comme de vrais gamins, inventant des jeux et autres distractions pour se détourner d’une réalité trop froide et violente. Dans ce fol « Été », le yakusa Kikujiro joué par Kitano, en côtoyant Masao, se remémore l’enfant qu’il a été, un enfant qui aurait certainement adoré tenir la main d’un homme tel que lui. Dans la réalité, Takeshi Kitano aurait également aimé avoir un tel père, joyeux, protecteur et présent, un père qui s’appelait aussi… Kikujiro !

Les moments de joie et d’émotions partagées qui passent bien souvent par des non-dits complices sont agréablement mis en valeur par les paysages d’un Japon sauvage, méconnu et authentique, mais également par la musique du compositeur attitré de Kitano, Joe Hisaishi, compositeur qui s’est plus qu’inspiré de l’œuvre de George Winston (« Summer ») pour concevoir sa partition. En découlent des morceaux pour piano joyeux, poignants et célestes qui collent parfaitement à l’ambiance enjouée du film.

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