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Deux manifestations culturelles importantes se déroulent en ce moment même à Lyon et à Toulouse...
Les IIIèmes rencontres Droit, justice et cinéma, Lyon, 12-16 mars 2012, organisées par l'Université Jean Moulin Lyon III et le Barreau de Lyon
Le 6ème Festival Zoom arrière, 9-17 mars 2012, organisé par la Cinémathèque de Toulouse
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La question de l’adaptation d’un succès de librairie, récurrente lors d’adaptations cinématographiques, mérite une nouvelle fois d’être posée en présence du dernier film de Philippe Lioret, Toutes nos envies, librement adapté de D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère (P.O.L., 2009).
En effet, si le réalisateur a choisi - dans la densité du récit d'Emmanuel Carrère - de nous faire partager le quotidien de deux juges d'instance lyonnais (Claire et Stéphane), entre audiences et rédaction de jugements, justiciables surendettés tentant d'expliquer seuls à la barre leurs délicates conditions d'existence et avocats des sociétés de crédit sûrs de leur bon droit, vie de famille et problèmes de santé, force est de constater que le film n'est pas à la hauteur du livre dont il s'inspire. La force du récit était de nous faire découvrir d'autres vies que celles de l'écrivain réputé narcissique : Philippe, Jérôme, Delphine et leur petite Juliette emportée par le tsunami de décembre 2004 au Sri Lanka ; Juliette et Etienne, magistrats et amis, tous deux handicapés après un cancer ; Patrice, le mari devenu veuf après le décès de Juliette et leurs trois filles : Emilie, Clara et Diane. Ces rencontres fortuites pour l'écrivain, ces injonctions de récit adressées par Philippe puis Etienne ont amené Emmanuel Carrère - malgré ses préventions - à dépasser ses fêlures héritées de l'enfance (V. Un roman russe, P.O.L., 2006) et à tenir en lisière ses démons (V. L'adversaire, P.O.L., 2000) pour découvrir un monde étranger, fasciné qu'il est depuis longtemps par la justice et, s'ouvrant aux autres, entrer dans une sérénité qui lui était jusqu'alors inconnue.
Nul narcissisme chez Philippe Lioret, son attention aux autres, constante, trouvant à s'exprimer non seulement dans ses précédents films (V. notamment : Welcome, France, 2009) mais également dans Toutes nos envies. Il n'a pas son pareil pour filmer les êtres dans leur vie quotidienne (Claire, Christophe et leurs enfants dans leur nouvelle maison dont le mari - véritable homme au foyer - s'occupe en attendant de retrouver un emploi de chef saucier à la Tour rose, célèbre et fameux restaurant lyonnais), dans l’action (qu'il s'agisse du match de rugby ou de l'escapade baignade sur les lieux de villégiature d'enfance de Claire) ou nous montrer comment le désir de vie peut dépasser la maladie, quand sortie en cachette de l’hôpital, Claire assiste en compagnie de son collègue Stéphane à un match depuis le banc de touche. Mais aussi pour nous dépeindre les relations qui se nouent entre deux êtres qui se découvrent, les confidences épanchées sur l’épaule d’un collègue, le coup de foudre d’amitié qui fait craindre au mari une liaison extraconjugale.
Pour autant, il n'élude pas le combat de ces deux juges d’instance contre les sociétés de crédit, combat mené par Claire dans l’urgence d’une vie qu’elle sait condamnée et le souvenir d’une enfance avec une mère surendettée, car comme le dit son mari « on ne devient pas juge par hasard ». Combat qui lui permet de ranimer la flamme juridique vacillante de son vieux collègue Stéphane, figure du père et de l’ami interprété par Vincent Lindon, qui en retrouvant ses réflexes de maître nageur de Welcome est moins convaincant que dans Pater d’Alain Cavalier (France, 2011). En demandant à Stéphane de l’aider à lire les contrats dont les conditions de prêt sont en taille de police 5 au lieu des 8 requis par l’article R 311-12 du Code de la consommation (http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=60BDEF9D1F999BB40BBB3C916CDC64B0.tpdjo06v_1?idArticle=LEGIARTI000023527579&cidTexte=LEGITEXT000006069565&dateTexte=20111226) puis de prendre en audience le dossier de la jeune femme surendettée dont la fille se trouve dans la même classe que sa propre fille et en lui imposant un covoiturage hebdomadaire vers les rendez-vous au CHU de Valence en cachette du mari, de la grand-mère et de ses enfants, grâce à sa complicité naïve, Claire lui permet de se raccrocher à son combat de jeunesse.
Si Philippe Lioret capte ces moments magiques où le raisonnement juridique se met en place dans un joyeux enchevêtrement de discussions à bâtons rompus, de contorsions intellectuelles et de cafés bus dans la cuisine, pendant que la famille s’affaire à l’extérieur, il n’échappe pas à un processus de simplification aboutissant à présenter le droit comme édulcoré. Si tous les moments forts du récit d’Emmanuel Carrère sont conservés, ils sont trahis dans leur lettre et dans leur esprit à l’exemple de la première scène d’audience où la juridiction apparaît composée de trois juges (alors que le juge d’instance siège à juge unique : art. L. 222-1 du Code de l’organisation judiciaire http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=FED9D8071424F932B2B5151BF72BEB1E.tpdjo12v_3?idArticle=LEGIARTI000006572125&cidTexte=LEGITEXT000006071164&dateTexte=20111226 ) ; de la requête en suspicion légitime que veut introduire l’avocat de la société de crédits, au motif que la juge d’instance connaît la justiciable surendettée, où si Claire est bien convoquée par le président du tribunal, elle poursuit sa fréquentation en l’installant même chez elle sans sanction ; de la question préjudicielle posée à la Cour de justice de l’Union européenne, où par la plus grande des invraisemblances Stéphane s’y déplace et négocie les dates d’audience avec le greffier en chef, alors même que le film est resté silencieux sur les différentes étapes judiciaires qui se sont déroulées en France. Traquer l’être humain derrière les textes, les procédures certes, mais pas les trahir au motif de ses propres envies. Ce que l’auteur avait réussi à rendre intelligible pour tout un chacun (qu’il soit juriste ou néophyte) est ici galvaudé par le scénariste-réalisateur dans un salmigondis de bons sentiments. A l'instar des paroles du film souvent incompréhensibles, la parole judiciaire y devient inaudible.
Dès lors deux histoires parallèles se déploient, celle qui se déroule sur l’écran, celle encore présente dans nos mémoires de lecteurs de D’autres vies que la mienne, histoires auxquelles se surajoute le récit du stage qu’Emmanuel Carrère avait effectué auprès des juridictions d’instance pour préparer son ouvrage et dont il nous avait entretenus le 4 novembre 2009 à l’Université de La Rochelle : (http://droit-gestion.univ-larochelle.fr/Rencontre-Droit-et-Litterature.html )
Rédigé à 13h53 dans Au coin des films, Au quai des livres, Bandes-annonces et extraits de films, Conférences | Lien permanent | Commentaires (0)
Hors les murailles de La Rochelle, les aventures cinématographico-politiques se poursuivent ...
Programme
Jeudi 10 novembre :
18h : ouverture
19h 30 : apéritif offert par la municipalité du Mas d'Azil
21h : film (DVD) : Jeremiah Johnson de Sydney Pollack, suivi d'une discussion
Vendredi 11 novembre
11h-13h : "S'ensauvager : à propos de Jeremiah Johnson" - analyse du film
15h-17h30 : Conférence/étude : "Je ne sortirai jamais de ce monde vivant : itinéraires du road movie"
20h : film (DVD) : Point limite zéro (Vanishing point) de Richard Sarafian, suivi d'une discussion
Samedi 12 novembre :
11h-13h : "Le temps de vivre et le temps de mourir : à partir de Vanishing point" - analyse du film
15h-17h30 : Conférence/étude : "Pourquoi les brigands sont-ils bien aimés ?"
20h : Soirée de clotûre : conclusion des journées , présentation du film, projection (à 21h) de La balade sauvage (Badlands) de Terrence Malick, suivi d'une discussion
Rédigé à 10h39 dans Conférences, Hors-champ | Lien permanent | Commentaires (0)
"Pour sa onzième édition, le Festival Escales Documentaires de La Rochelle vous emmène à la rencontre du réalisateur oscarisé pour son film « Un coupable idéal » : Jean-Xavier De Lestrade. En vingt ans, il est devenu une référence incontournable du documentaire.
Reconnu internationalement, il aborde des sujets variés qui traitent de la société, de ses tabous et des dérapages de la mécanique judiciaire. Parallèlement, une thématique abordera le fait divers et son traitement par les auteurs documentaristes".
Consulter le catalogue du Festival 2011
Un coupable idéal
Parcours meurtrier d'une mère ordinaire. L'affaire Courjault
The staircase (Soupçons)
Rédigé à 09h38 dans Bandes-annonces et extraits de films, Conférences | Lien permanent | Commentaires (0)
Un prophète est un film qui montre l'univers carcéral, sans frein, ni tabou. Jacques Audiard excelle dans ce rôle de critique d'une société qui vise à enfermer des personnes, sans se soucier, une fois mises à l'écart, de leur devenir. Une atmosphère lourde et pesante exsude de ce film, appuyée par la présence d'acteurs, pour la plus part inconnus du grand public. Mimétisme entre les acteurs et les personnages : le jeune Malik El Djebena, frêle condamné de dix-neuf ans, sort caïd de la prison. Tahar Rahim, alias Malik, entre dans le cinéma par une porte inconnue pour en ressortir certainement plein de gloire.
Jacques Audiard sait manier la fiction et le réel pour traduire toute la pesanteur de la détention. Dicté par un script de pure fiction, Un prophète est ponctué de scènes quotidiennes du milieu carcéral, témoins de la dureté de cet univers. La première demi-heure du film est d'ailleurs consacrée à la découverte de ce monde, pendant laquelle le réalisateur laisse le spectateur seul, dans une atmosphère assourdissante. Peu de dialogues, comme si les images parlaient d'elles-mêmes. On se croirait presque dans un documentaire. Audiard balaie tous les recoins de la prison. L'entretien du délinquant avec son avocat avant l'incarcération (moment d'explication de la procédure), l'arrivée au centre de détention avec la visite médicale et la visite administrative. Ensuite, le détenu rejoint sa cellule, on le voit dans les ateliers effectuant son travail, aller en promenade puis retour à la cellule. On peut retrouver une présentation de ce type dans le film 9 m² réalisé par MM. Jimmy Glasberg et José Cesarini (France, 2005, 94 min) : il s'agit d'une mise en scène de la vie quotidienne de détenus incarcérés à la prison des Beaumettes.
La gravité des scènes en révèle toute la violence. La visite administrative est l’occasion pour Jacques Audiard de conjuguer l’ignorance du détenu et celle du spectateur, la première révélatrice de la seconde. Un surveillant explique au jeune détenu la vie en détention. On y voit un jeune condamné complètement désarmé face aux questions qu'on lui pose. Il ponctue ces réponses par des « je ne sais pas » déchirants. Il casse les images préconçues, les mythes carcéraux pour laisser à la dureté du quotidien le soin de montrer toute la haine présente dans ce milieu, comme ce fut déjà le cas dans les films de Don Siegel Les révoltés de la cellule 11 (Riot in Cell Block 11, Etats-Unis, 1954, 80 min) et L'évadé d'Alcatraz (Escape from Alcatraz, Etats-Unis, 1979, 112 min).
Le détenu, seul, ne peut vivre, il doit avoir la protection des caïds de la prison. L’obtention de la protection passe par l’observation d’un rite initiatique. A cette fin, le chef du clan lui somme l'ordre de tuer un détenu. Toute une procédure se met en place pour que le personnage principal accomplisse cette mission. Au moment du meurtre, la scène filmée est troublante et témoigne, à elle seule, de l'esprit du film.
Malik El Djebena doit tuer un détenu. Il se rend à la cellule de celui-ci sous prétexte d'une livraison de haschich. Lorsqu'il frappe à la porte, le détenu « condamné » le laisse entrer mais le fouille. La méfiance est palpable. Une atmosphère de crainte pèse quotidiennement sur l'esprit de chaque détenu, la question de la confiance ne saurait se poser en milieu carcéral. Ainsi l’arme du crime, une lame de rasoir, est-elle dissimulée dans la bouche de Malik. Le détenu le fait s'asseoir sur le lit et commence à lui parler. Il le questionne sur ses loisirs, notamment la lecture. C'est un détenu lecteur, or Malik ne sait pas lire. La scène est magnifique. Le détenu va donner à Malik une véritable leçon. Essayer de lui faire comprendre que l'intérêt de la lecture, ou plus généralement de l'éducation, a une vocation de réinsertion (comme la révélait la journée d'étude organisée par la bibliothèque universitaire de La Rochelle sur le thème « Etre étudiant en prison » le 9 novembre 2010 : http://www.canalc2.tv/video.asp?idEvenement=550).
Une formule choc est prononcée par le détenu lecteur : « le but c'est de sortir moins con que lors de l'entrée ». Audiard va jouer avec la caméra pour faire ressortir l'importance de cette scène et le combat perdu d’avance entre deux conceptions de l’univers carcéral. La caméra ne quitte pas Malik. On y voit un garçon désabusé, contraint de tuer un co-détenu pour survivre mais au fond touché par les propos qu'il est en train d'entendre. Le silence de Malik est éloquent, il traduit une prise de conscience de la violence de ce milieu. La beauté de la réinsertion (la préparer) et la dureté de la survie. Juste avant le passage à l'acte, la caméra se rapproche du visage de Malik, d'où perle un filet de sang. A force d'écouter, la lame placée dans sa bouche commence à lui couper l'intérieur. Cette blessure montre la réflexion de Malik (l'attente, l'écoute) face à la survie obligatoire (la saignée). Mais la scène se termine par le l’assassinat du détenu.
Cette scène est au centre du propos du réalisateur. Jacques Audiard rend palpable la schizophrénie du milieu : réinsertion illusoire contre survie quotidienne. Cette phase est cristallisée au moment de la question des remises de peine et permissions, ces dernières étant prévues à l’article 721 du code pénal :
Malik montre son intérêt à se réinsérer pour obtenir des permissions mais, une fois dehors, il devient le bras armé de son protecteur et se transforme en caïd. Trois aspects sont mis en exergue : la vision légale, la vision soumise, la vision autonome. Le détenu est confronté à ces trois types de situation au cours de sa détention : il doit respecter le cadre légal, se mettre aux ordres d'un clan et tenter de trouver une identité, identité transformée en véritable pugilat par la métamorphose d'un jeune délinquant en bandit confirmé.
Au-delà d’une vision de la prison, Un prophète utilise la violence du milieu pour faire ressortir la perte d'identité de la personne incarcérée. Même si quelques excès ponctuent le film, il n'en demeure pas moins une base essentielle pour comprendre un univers où l'omerta règne. Cette omerta est d’autant plus significative que le film met face à face deux clans : les corses et les arabes. Et le jeune Malik, arabe d’origine, se trouve protégé par le clan des Corses.
Un prophète met en relief l'ignorance de la société au regard du phénomène carcéral, société pourtant composée de citoyens participant au processus d'enfermement. C'est par la loi, norme issue des représentants de la volonté générale, que la prison existe. Sur ce point, les juridictions, tant européennes que nationales conjuguent leurs efforts pour accroître l'humanité dans les prisons. La Cour européenne va lancer le processus de protection en 1984 lorsqu'elle emploie une formule évocatrice : « la justice ne saurait s'arrêter à la porte des prisons » (CEDH, 28 juin 1984, Campbell et Fell c/Royaume-Uni, www.echr.coe.int). Le juge administratif français, quant à lui, considérait toute mesure pénitentiaire comme des mesures d'ordre intérieur relevant exclusivement de la vie intérieure de l'administration dans laquelle il n'avait pas à s'immiscer. Devant l'injonction de la Cour européenne, le Conseil d'Etat va a modifié sa position (CE, A, 17 février 1995, Hardouin) pour vérifier aujourd'hui qu'une mesure pénitentiaire ne méconnaît pas les droits fondamentaux des personnes incarcérées (CE, A, 14 décembre 2008, Planchenault et Boussouar, www.conseil-etat.fr). Afin de vérifier que ces prescriptions juridictionnelles sont suivies, la loi n° 2007-1545 du 30 octobre 2007 a institué un contrôleur général des lieux de privation de liberté (www.cglpl.fr). Toutes ces questions ont été détaillées au cours du colloque des 3 et 4 avril 2009 organisé à la Faculté de droit de La Rochelle sur le thème du « Droit des détenus : sécurité ou réinsertion ? » (les communications sont consultables dans l'ouvrage : A. DEFLOU Dir., Le droit des détenus : Sécurité ou réinsertion ?, Paris : Dalloz, 2010, coll. Thèmes et commentaires, 165 p.).
Pour ce faire, de nombreuses associations participent de ce devoir de connaissance. En témoigne les Journées nationales prison organisées en novembre de chaque année par le Groupe national de concertation prison. Il s'agit d'une association regroupant plusieurs associations intervenant en détention comme l'Association nationale des visiteurs de prison, la Ligue des droits de l'Homme, les Aumôneries catholiques et musulmanes, l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, le Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées et Synapse.
Participant à l’ouverture du milieu carcéral envers la société civile, Un prophète se place dans la continuité du travail associatif. La prison s’ouvre petit à petit. Les barreaux ne sont pas des murs, et la lumière doit passer entre eux.
Arnaud DEFLOU
Doctorant en droit public, ATER à l'Université de La Rochelle
Rédigé à 17h17 dans Au coin des films, Bandes-annonces et extraits de films, Conférences | Lien permanent | Commentaires (2)
Etudiants : Qu’est ce qui vous a poussé à vous intéresser aux familles d’émigrés ?
Juan Carlos Rulfo : Ce qui m’intéresse le plus dans mon travail c’est la possibilité de rencontrer des personnes que je n’aurais pas connues en temps normal. Pour choisir les personnages de mes films, je tiens compte de leur façon de s’exprimer, de leur manière de parler, de leur plaisir à nous raconter les choses ainsi que leur accessibilité et leur spontanéité devant la caméra. Au Mexique, l’émigration est un phénomène qui est en train de modifier notre vie quotidienne. Nous avons tous ou presque un ami, un parent qui a émigré, ou bien un proche qui est parti ailleurs. Chaque fois, le personnage principal est celui qui est parti mais on ne parle jamais de ceux qui restent. L’émigration est toujours évoquée à travers des données et des statistiques mais jamais à travers les sentiments, les transformations culturelles et ethniques.
Cette situation a généré un sentiment très particulier dans la façon de cohabiter. La musique, la peinture, et la littérature rendent compte de ce phénomène de diverses manières.
E : Pour vous, l’objectif du film est-il seulement d’informer ou bien de dénoncer aussi la situation des émigrés ?
JCR : Ni informer ni dénoncer. Il s’agit surtout de sentir et de vivre avec cette réalité ainsi que de découvrir que nous la reconnaissons tous d’une manière ou d’une autre. Le cinéma « documentaire » n’est pas seulement un instrument d’information ou de dénonciation. Il peut être tout cela, mais il apporte aussi à chacun une certaine manière de voir la vie. Le cinéma c’est cela : un élément de communication universelle qui travaille avec les émotions.
E : Avez-vous eu des difficultés pour entrer dans l’intimité des familles ?
JCR : Je n’ai pas rencontré de difficultés. J’aime avoir des amis et dans cette mesure, j’essaie d’instaurer une atmosphère agréable pour chacun. Il est clair qu’il y a des situations difficiles et chacun doit savoir où sont les limites. C’est une question de bon sens.
E : En réalisant ce film avez-vous éprouvé de la tristesse pour les familles, ou avez-vous pensé que la vie de ceux qui restent n’est finalement pas si triste ?
JCR : Il ne s’agit pas de ressentir de la tristesse ou de la compassion. J’éprouve pour eux tout d’abord de l’admiration. Finalement, ce que chaque famille désire, c’est améliorer son présent et son avenir. En ce sens, ce film rend hommage à cette volonté. Etre parmi ceux qui restent n’est pas une affaire de tristesse ou de joie mais de décision. Et parfois nous manquons tous de volonté pour atteindre nos objectifs. C’est en fait un hommage à une nation qui laisse échapper les membres actifs de sa population, ne trouvant pas chez eux les conditions leur permettant d’y être heureux.
E : Comment se sont réalisées les rencontres avec les familles et comment avez-vous obtenu leurs témoignages ?
JCR : Dans le film, il n’y a pas d’interviews. Il s’agit de conversations que nous avons essayées de rendre les plus naturelles et agréables possible. Je crois que dans cette profession, on doit sentir ce qui est opportun et ce qui ne l’est pas, quand et comment peut-on se rapprocher de quelqu’un et à quel moment lui poser des questions. Souvent, nous ne savons même pas quelle question poser. Los que se quedan se compose de constantes découvertes thématiques parce que ce sont les personnes elles mêmes qui connaissent leur propre histoire et nous devons être prêts à savoir capter ce que nous ne connaissons pas encore. C’est un jeu très amusant, rempli d’émotions et de préoccupations.
E : De quelle façon avez-vous sélectionné les personnes qui ont participé à ce documentaire au travers de leur histoire personnelle ?
JCR : Dans certains cas, ce sont des amis qui connaissaient leur histoire personnelle. Par exemple pour Don Pascual à Puebla, ou Rebeca au Chiapas
D’autres familles ont été prises par hasard, comme pour Yaremi, la jeune fille de Jalisco et Alejandro, le gars qui simule une fuite.
D’autres encore m’ont été recommandées : Don Francisco Ruedas, dans la région du Zacatecas.
E : Etes-vous toujours en contact avec certaines familles du film ? Quelle est la famille qui vous a le plus émue ?
JCR : Nous sommes en contact avec toutes les familles. Les producteurs du film ont obtenu des bourses pour les enfants de ceux qui restent. Ces bourses leur permettront de continuer l’école pendant trois ans.
Les familles dont je suis le plus proche ? Celle du Yucatán sans aucun doute, celle qui est partie aux Etats-Unis. Avec eux nous avons un lien très proche et il est fort possible que l’on fasse une suite de l’histoire d’Evelyn, en contraste avec celle de Yaremi, la jeune fille de Jalisco dont le père est parti pour qu’elle puisse faire des études.
E : Combien d’heures de tournage ont été nécessaires pour arriver au montage final du documentaire ?
JCR : Il a fallu 200h en HD.
E : Savez-vous ce qu’est devenue la famille d’Evelyn qui a passé la frontière ?
JCR : Ils vont bien. Ils sont bien arrivés malgré toutes les difficultés que nous pouvons imaginer en lisant la presse. Les enfants ont traversé avec de faux papiers, et la mère avec un « pollero » (personne qui se charge de faire traverser illégalement la frontière pour les Etats-Unis). Ils ont traversé le désert et elle a failli y laisser la vie. Mais finalement ils vivent tous ensemble quelque part à Los Angeles.
E : Comment le documentaire a-t-il été reçu depuis sa sortie ? Avez-vous été surpris par l’accueil fait au film ou les réactions du public ?
JCR : Le film plaît beaucoup. Il a gagné de nombreux prix internationaux (vous pouvez le vérifier sur le site du film : http://losquesequedan.com/ ). Il a aussi été vendu à la télévision.
Il a été projeté dans de grandes salles de cinéma et il se vend en DVD. Sa commercialisation n’a pas été bonne car il est difficile de faire la promotion d’un film qui parle d’une réalité, surtout lorsqu’il s’agit d’un documentaire. Au Mexique, les gens n’aiment pas voir ce qui se passe chez eux. Le pays ne se connaît pas lui-même et il faut y remédier. Notre cinéma ne parle pas de ce qui se passe chez nous, tout simplement peut-être parce que nous n’arrivons pas à comprendre ce qui s’y passe.
Je me sens satisfait mais j’aurais aimé que l’une de ces histoires contienne un peu plus de suspens. Peut-être accompagner quelqu’un jusqu’à la frontière, ou découvrir ses sentiments pendant la traversée, plutôt que de voir sa possible capture par la police frontalière (la Border Patrol). Mais finalement j’ai beaucoup appris grâce ce film.
Et si vous avez d’autres questions, je reste à votre entière disposition.
*CIEL : Centre Inter-pôles d’Enseignement des Langues
Interview présentée lors de l’avant-première du film à La Rochelle le 22 mars 2011 par 3 étudiants de Licence 2 Droit :
- Lily VAYER
- Emilien VIVIER
- Baptiste ROBICHON
Enseignants d’espagnol Université La Rochelle (CIEL) encadrant le projet:
- Catherine BERTRAND-LARA (Faculté de Droit et responsable espagnol CIEL)
- Sabine FORGUES (Faculté de Lettres et Sciences Humaines)
- Sergio COTO-RIVEL (Institut de gestion)
Rédigé à 10h07 dans Au coin des films, Bandes-annonces et extraits de films, Conférences | Lien permanent | Commentaires (0)
La Faculté Jean-Monnet de l’Université Paris-Sud XI et la ville de Sceaux organisent, du 30 mars au 5 avril 2011, la troisième édition du festival Ciné-Droit, sur le thème du travail. Sous la présidence de la psychanalyste et historienne Elisabeth Roudinesco et avec la participation de François Doubin, ancien ministre du Commerce, de l’artisanat et de la consommation, ainsi que des réalisateurs Jean-Michel Carré et Christian Rouaud …
Programme du colloque du 1er avril : Le travail : souffrance ou plaisir ?
Dans l’enceinte de la Faculté Jean-Monnet, ce colloque ne réunira pas seulement des universitaires spécialistes du droit du travail : sous les regards croisés d’artistes, d’hommes de lettres, d’historiens, de psychanalystes, de sociologues, de juristes… des aspects les plus divers de l’univers du travail seront examinés avant d’être débattus entre les participants et le public.
Colloque Le travail : souffrance ou plaisir ?
9h : ouverture du colloque par Jérôme Fromageau, doyen de la faculté Jean-Monnet
Matinée : 9h30 : Souffrance et plaisir au travail
Sous la présidence de Frédéric Touboul, directeur général de Intelligence-rh.com
- Clarisse Siméant, historienne du droit et maître de conférences à l’université Paris-Sud 11 : « Labor » dans la doctrine romano canonique médiévale.
- Jean-Baptiste Rivaud, professeur de lettres en khâgne : Au commencement était la terre...
- Gérard Koch, artiste sculpteur : Le plaisir de faire
Pause : 10h45 à 11h
- Marie Pezé, docteur en psychologie, expert judiciaire, responsable du réseau de consultations « Souffrance et travail » : Les athlètes de la quantité
- Fatma Bouvet de la Maisonneuve, médecin psychiatre et addictologue, responsable de la consultation d'alcoologie pour femmes à l'hôpital Sainte-Anne à Paris : La santé psychique des femmes actives
- Ninon Maillard, historienne du droit et maître de conférences à l’université de Nantes:Quel statut pour le plus vieux « métier » du monde ? Quelques réflexions sur les réglementations de la prostitution en France
Après midi :
Sous la présidence de François Jankowiak, professeur à l’université Paris-Sud 11
14 h : Le travail : approches croisées
- Robert Castel, sociologue, directeur d’études à l’EHESS : Au-delà de la souffrance et du plaisir, la reconnaissance sociale…
- Antoine Lyon-Caen, professeur de droit à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense et directeur de la Revue de droit du travail : Le travail du droit
- Bernard Friot, professeur émérite à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, IDHE: Le travail entre l’emploi et le salaire à vie
16h30 : Travail et inégalités
- Emmanuel Dockès, professeur de droit à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense: L'essor moderne de la subordination au travail
- Louis Schweitzer, ancien président de la Halde, président d’honneur de Renault :Discrimination, égalité et inégalités au travail
- Sur le même thème : cf les IIèmes rencontres Droit et cinéma : regards croisés de La Rochelle (2009).
- A lire : Sortir de la souffrance au travail de C. Dejours, psychanaliste et psychiatre (Le Monde.fr, Débat, 21 fév. 2011).
- A voir : La mise à mort du travail (La destruction, L'aliénation, La dépossession), documentaire de J.-R. Viallet (France, 2009).
Rédigé à 17h59 dans Au coin des films, Au quai des livres, Conférences, Les IIèmes rencontres : Travail, droit et cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)
Signalons la deuxième édition des Rencontres Droit, justice et cinéma lesquelles se dérouleront à Lyon du 21 au 25 mars 2011.
Rédigé à 12h21 dans Conférences | Lien permanent | Commentaires (0)
Ce colloque a pour objectifs de faire le point sur les possibilités offertes dans le domaine juridique par les technologies de l’information et de la communication et la pédagogie universitaire associée : constats, retours d’expérimentations en France et dans les pays francophones (Canada, Luxembourg), modélisations...
Comité d’organisation :
Magalie Flores-Lonjou, Agnès de Luget, Céline Laronde-Clérac, Burt Kasparian et Alban Jacquemart.
Rédigé à 09h28 dans Conférences, Hors-champ | Lien permanent | Commentaires (0)
Même si l’exposition s’achève sous peu, elle est une invite à poursuivre l’exploration du mystère féminin, la chevelure masculine ayant été – jusqu’à présent peut-être ? – l’objet de moins d’attentions de la part des réalisateurs … et des spectateurs.
Dès l'entrée, une jeune femme brune nous entraîne dans un sillage musical à la découverte d’un mur kaléidoscopique où alternent photos et extraits de films : Loulou de Pabst, Le mépris de Godard, Les hommes préfèrent les blondes (Gentlemen Prefer Blondes) d’Howard Hawks, Belle de jour de Luis Bunuel …
La visite se poursuit dans une première série de salles où l’on découvre l’origine de l’opposition blonde / brune. Si depuis la fin du XIX° siècle « l’impérialisme de la blondeur » venant des pays du Nord a été repris par les nazis, avant que de s’imposer aux Etats-Unis permettant à Hitchcock de déclarer : « la parfaite femme à mystères doit être blanche, subtile et nordique », ce mythe - également repris en U.R.S.S. dans un but d’exclusion des minorités ethniques - aboutit à cette hégémonie de la femme blonde au XXème siècle jusqu’à ce que la femme brune, issue des minorités raciales d’Amérique du sud, d’Asie et d’Afrique, fasse son apparition sur nos écrans depuis la fin siècle. Ainsi comme le rappelle Alain Bergala - commissaire de l’exposition - « parler de la chevelure, c’est embrasser l’histoire de l’art et celle de nos sociétés. Bruns, blonds ou roux, coupés courts ou portés longs, relevés ou lâchés, les cheveux des femmes entretiennent depuis toujours un rapport étroit à l’histoire des sociétés et à la mythologie » (entretien TéléObs. Paris, p. 1). C’est ainsi que le cinéma a été le vecteur de l’émancipation féminine en immortalisant les cheveux à la garçonne de Louise Brooks, la coupe afro des Blacks Panthers, la coupe courte de Jean Seberg …
Dédale de salles, de salon de coiffure, d’alcôves, de cabinet photographique nous permettent d’admirer la chevelure féminine au prisme des arts. Si les grands réalisateurs ont su capter éclairer la chevelure féminine, en accompagner les oscillations et l’apparition des nuques, se servant de l'opposition des chevelures brune / blonde dans leur scenario (de la brune séductrice par opposition à la blonde femme au foyer, puis l'inversion des rôles dès les années 30 où la brune domestiquée fait face à une blonde devenu la séductrice d'Hollywood, avant que la confusion ne joue à plein : la brune étant aussi la blonde, comme deux faces de la même figure féminine dans Persona de Bergman et Mulholland Drive de David Lynch), du sacrifice des cheveux (La passion de Jeanne d'Arc de Dreyer) à l’instar des veuves dans la Grèce antique, les peintres (« Fleurs au Bull-dog » de Francis Picabia, « Lana Turner » d’Andy Warhol …), mais aussi les sculpteurs (« La Danaïde » de Rodin) et les photographes (Man Ray, Edouard Boubat …) ont eux aussi tenté de représenter la matérialité et la sensualité du cheveu. De cette correspondance entre les arts, c’est le jeu de miroir cinéma/photographie qui retient l’attention, nous permettant d’admirer des photos d’actrices rectifiant leur coiffure sur un tournage : Marylin dans Les désaxés (The Misfits) de John Huston, Simone Signoret dans M15 demande protection (The Deadly Affair) de Sidney Lumet, Silvana Mangano dans Riz amer (Riso amaro) de Giuseppe de Santis, comme dans les estampes japonaises où une extrême attention est portée à la coiffure par opposition aux photos de femmes algériennes prises en 1960 pour l’armée française où dévoilant leurs bruns cheveux, elles apparaissent dénudées sous l’objectif de Marc Garanger, les regards lourds de reproches.
Pour autant, comme le relève Alain Bergala, le geste au cinéma étant plus ambigu qu'en peinture et dans les autres arts, la durée du plan pouvant induire la séduction, le repli sur soi, la destruction, le désir … la gestuelle de la chevelure révèle son motif ciné-génique et permet au cinéma de tirer son épingle du jeu, telle la chevelure de Monica Vitti chez Antonioni "toujours en mouvement, dégageant une charge émotionnelle indépendante du personnage" et maintient le spectateur dans ses rets.
Malgré la présence de l’installation de « The Isolated Child » d’Alice Anderson pris dans des fils roux tendus depuis le haut du bâtiment de la Cinémathèque, immenses cheveux tendus comme les mailles d’un filet, la rousse n’est qu’un personnage secondaire de cette exposition Brune / Blonde. Or elle a toujours nourri l’imaginaire des sociétés : esclave prostituée dans l'Antiquité, sorcière au Moyen-Âge, peinte à l'époque victorienne par Rosseti. S’il fallu attendre le Technicolor pour la voir apparaître sur les écrans à l’image de la flamboyante Rita Hayworth dans Gilda de Charles Vidor - devenue blonde aux cheveux courts sous la férule de son réalisateur de mari dans La dame de Shangai (The Lady from Shangai) - , d’autres ont pourtant su retenir notre attention comme Maureen O'Hara chez Huston, Shirley McLaine chez Wilder et Hitchcock, Françoise Dorléac chez Demy et Truffaut ou Stéphane Audran chez Chabrol …
Et puis un sentiment de frustration, si Antonioni, Bergman, Bunuel, Jean-Luc Godard et David Lynch sont au rendez-vous, quelques extraits de films supplémentaires d’Hitchcock, Woody Allen et quelques autres … auraient ravi nos yeux. V. Brune Blonde, la chevelure féminine dans l’art et le cinéma, coéd. Skira-Flammarion/La cinémathèque française, 2010.
Dotés d’indéniables qualités de pédagogue, Alain Bergala – dont nous apprécions les talents lors des stages cinéma organisés par Edith Périn, responsable cinéma à la Coursive (à La Rochelle) et nos rencontres Droit et cinéma : regards croisés – nous entraîne tel un passeur de cinéma vers l’éternel féminin ...
Conférence de Alain Bergala : "Les grands cinéastes de la chevelure", 16 novembre 2010
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L'adaptation cinématographique du livre d'Emmanuel Carrère D'autres vies que la mienne (POL, 2009) vient de débuter. Le réalisateur Philippe Lioret a en effet commencé le tournage du film Toutes nos envies le 12 octobre dernier ainsi que nous l'a appris une dépèche de l'AFP en date du 2 octobre. Le film réunira les comédients Vincent Lindon et Marie Gillain, et sera centré sur la seconde partie du livre, à savoir le portrait des deux juges (le juge Etienne Rigal et Juliette), et la jurisprudence concernant l'office du juge dans le cadre des litiges relatifs aux crédits à la consommation.
L'occasion de vous montrer de larges extraits de la rencontre "Droit et Littérature'" qu'avait organisée Magalie Flores-Lonjou et Agnès de Luget de la Faculté de Droit de La Rochelle le 4 novembre 2009, en invitant Emmanuel Carrère à venir parler de son récit. La rencontre était animée par Denis Montebello, professeur de lettres et écrivain, et Lionel Miniato, maître de conférences en droit privé et avocat.
Rédigé à 23h03 dans Au coin des films, Au quai des livres, Conférences | Lien permanent | Commentaires (2)
Question : Avant ce documentaire, aviez-vous déjà tourné en Colombie avec le réalisateur Jorge Caballero ?
Réponse : Jorge et moi nous sommes connus il y a 12 ans, à l’école de Cinéma. Depuis cette époque il a toujours été le monteur et directeur photo des projets que j’ai écrits et réalisés. En novembre 2006 je réalisais Aplausos de Arrabal, un documentaire sur les vestiges du cabaret dans la Barcelone d’aujourd’hui, dont Jorge était le directeur photo. Une nuit, alors que nous nous promenions dans les rues de Barcelone il m’a dit : « Miguel, tu dois venir en Colombie avec moi pendant trois mois, tourner un documentaire. » Cela faisait très longtemps que Jorge n’avait pas revu sa terre natale, et il ressentait le besoin d’y revenir et surtout d’y revenir caméra en main. Pour une question d’engagement réciproque, je n’ai pu m’y soustraire. Je n’avais jamais mis les pieds en Amérique Latine, et bien évidemment le voyage et le tournage promettaient d’être une aventure passionnante.
Q : Pourquoi le thème de la justice en Colombie ?
R : Plutôt que le thème de la justice, le sujet principal était les délits mineurs et les vies qui se cachent derrière. Montrer, s’approcher de ces petites histoires du quotidien de la justice colombienne, axée sur la convergence vers l’URIS (Unités de Réaction Immédiate, proche du système français de comparution immédiate), voilà le but premier du documentaire. Nous plonger dans le système pénal colombien et le regarder en face, avec patience afin de le montrer de la manière la plus transparente possible. On ne prétendait pas juger, juste observer de l’intérieur et révéler ainsi la face la plus cachée de cette société. Nous éloigner de l’image que les médias, cinéma inclus, projette de la Colombie, c'est-à-dire, le binôme Colombie/guérilla et Colombie/trafic de drogue. Parler également des autres aspects qui composent cette société complexe que représente Bogota. Les délits mineurs étaient l’excuse dramatique parfaite pour tenter de dresser le portrait d’une grande majorité de citoyens qui se voient impliqués dans des petits délits afin de survivre. Aller du portrait individuel vers un portrait peut-être plus universel et non l’inverse.
Q : Quelles ont été les autorisations administratives indispensables pour pouvoir tourner ?
R : Cela a été l’obstacle majeur. En premier lieu il nous fallait obtenir l’accord de l’Ordre des Avocats et du Ministère Public. Une fois celui-ci obtenu il restait l’autorisation individuelle de chacun des avocats et procureurs que nous pouvions rencontrer au fur et à mesure du tournage. Nous avons assisté à d’innombrables réunions avec les avocats pour leur expliquer notre projet. En groupe puis un par un. La majorité d’entre eux se sont montrés réceptifs. Avec le Ministère Public, cela a été une autre histoire. Une semaine avant le début du tournage, ils nous refusaient encore l’autorisation de filmer objectant que les images enregistrées étaient susceptibles d’être utilisées lors d’un futur procès tant en faveur qu’au détriment des détenus. De notre côté nous leur objections que cela n’était pas du tout notre intention, et que ces images n’appartiendraient qu’à nous, qu’elles n’auraient qu’un but artistique. Des réunions, et encore des réunions. Des rendez-vous reportés. « Manque de ponctualité typique des habitants de Bogotá ». De la bureaucratie et encore de la bureaucratie… jusqu’à ce qu’à la fin, le nouveau chef opérateur (celui qui était prévu au départ, un catalan, s’étant désisté au dernier moment, son billet déjà en poche) que nous avions recruté s’est avéré être par hasard parent avec un des procureurs et … « voilà » (en français dans le texte), brusquement toutes les portes se sont ouvertes !
Q : En quoi a consisté exactement votre rôle de co-scénariste ?
R : Mon rôle de co-scénariste s’est joué tout au long du processus de création du film : recherche, script, tournage et montage. Nous nous sommes fixés des règles strictes sur nos points de vue, nos recherches et la façon dont nous allions tout raconter, ainsi que sur le fait de faire notre possible pour maintenir une ligne de conduite ferme sur un tournage qui s’avérait compliqué. Sur le tournage cela consistait, jour après jour, à réinterpréter ce qui se passait, ce qui nous entourait, et le filtrer dans le film afin d’obtenir une portion de vérité qui soit la plus riche possible. Nous parlions d’obtenir une « vérité » à partir d’un « regard patient », au-delà de ce qui pouvait se passer devant nous. Eviter de faire du spectaculaire, du scabreux, d’accentuer la misère… Puis nous nous sommes rendus compte que pour définir et mieux comprendre le mécanisme des relations humaines s’établissant entre avocat et plaignant lors des procès de «flagrant délit », nous ne pouvions nous contenter de ce qui passait pendant les entretiens. Nous avons senti que notre regard serait plus rigoureux, plus riche si l’Etat, l'institution, dans ce qu’il a de plus tangible entrait en jeu : couloirs, femmes de ménage, personnel chargés du maintien de l’ordre, greffiers, portes d’entrées des bâtiments… tout ce qui faisait le quotidien de ce lieu où nous nous trouvions. Car tout était important, tout influait sur tout. C’était un microcosme, tel le décor d’un film d’horreur. Quelque chose de réellement kafkaïen. Et si pendant que nous filmions tout cela nous venions à rater une entrevue, eh bien pas de chance ! Mais pour obtenir un regard personnel, une petite vérité, il faut choisir, sacrifier. Nous avons réussi à nous mouvoir en ces lieux sans nous sentir comme des intrus grâce aux longs moments passés à nous familiariser avec les personnes et l’espace. Il fallait rendre le moins visible possible le matériel technique de tournage, ne pas trop dénaturer l’espace physique du lieu où ils travaillaient, et nous avec eux ! Et tout ceci sans impatience pour ne pas effrayer.
Q : Comment s’est conçu le montage ?
R : Il fallait garder une ligne fixe et atteindre la vraisemblance, tout en obtenant un film, des personnages, un rythme. Comme s’il s’agissait d’un film de fiction. Si tant est qu’il y ait une différence entre documentaire et fiction… La perversion vers laquelle peut nous entraîner le documentaire, est de croire qu’en posant une caméra face à une tranche de réalité, sans acteurs, on obtient assurément une vérité. La vérité ou le mensonge de la narration ne dépend pas du fait de mettre des acteurs ou des décors de fiction, mais du regard de celui qui le pose. Par exemple, sur le thème de la violence atavique de la société nord-américaine, je retrouve plus de vérité dans le western Winchester 73 (Anthony Mann, 1950) que dans le manichéen Bowling for Colombine (Michael Moore, 2002).
Le défi, tant sur le tournage que pour le montage, a été de maintenir la rigueur sur le regard comme il avait été prévu dès le début ; le point de vue face à des faits aussi violents ! Surtout quand ces faits sont incarnés par des personnes avec lesquelles tu as établi un contact direct avant et après les avoir filmées. Tu les as emmenées chez toi, dans ton intimité, dans ton conscient et subconscient. En vérité, ce sont les éléments théâtraux, presque absurdes, qui s’établissent pendant les entrevues et les audiences, de par leur distanciation bureaucratique et leur mise en scène, et c’est le fait de savoir capter la part de « vérité » de ces moments, qui nous motivaient. Ainsi nous avons réussi à insérer dans notre film, aussi bien le drame le plus sauvage que l’humour, chose que nous n’attendions pas. C’est pourquoi comme disait le maître Renoir, il faut toujours laisser la porte du plateau ouverte, (parce qu'on ne sait jamais ce qui peut y entrer).
Q : Aviez-vous déjà filmé de près ou de loin la justice ?
R : Non, jamais. Et cela a été l’expérience la plus dure que j’ai connue derrière une caméra. Aussi bien dans la fiction que dans le documentaire, l’amour pour ce que je filme est ce qui m’a toujours porté. Dans ce cas précis, une fois engagé auprès de Jorge à mener son projet à bon port, le film a été tout un défi à relever pour moi. Mais au cours du tournage un genre de démon est apparu dans mon estomac, le dilemme de rester derrière la caméra alors que tout ton corps réclamait une action sociale, juridique et politique. Notre rôle était-il d’attendre et de nous réjouir de l’arrivée de nouveaux délits mineurs en faveur de notre film ? Il m’est même arrivé d’éprouver de la haine envers les avocats, parce que je ressentais qu’eux aussi s’alimentaient de ce besoin de délits. Tout comme nous ? Mais tu dois rester à ta place et ne pas t’éloigner de ta perspective. Ce n’est qu’un film. Dans cette optique il faut souligner que le point de départ de Bagatela n’est pas une critique ou comment faire justice, et qu’il ne s’agit pas non plus de prendre l’injustice du monde sur nos épaules, c’est plutôt le rôle de nos hommes politiques. Et si dans le résultat obtenu il y a une composante de dureté sociale, cela n’est pas par vocation ou prédisposition mais plutôt le résultat de notre relation avec les personnes et les faits captés. Ce fut tout un apprentissage pour mon estomac et mon moral.
Si vous observez le générique de fin de Bagatela, vous voyez que le film est dédié à quelqu’un. Ce quelqu’un est un jeune de 17 ans arrêté, au cours d’une bagarre dans une salle de billard, pour agression légère. En principe, un cas de « délit mineur ». Mais pendant l’audience le procureur allait apporter une information accablante : la blessure était à quelques centimètres du cœur de la victime, par conséquent le cas pouvait être jugé comme tentative d’homicide. Il était évident que ce jeune homme allait être incarcéré. Au cours de l’audience il écrivit, menotté, quelque chose, qui s’avèrerait être une lettre d’adieu à sa mère. Une fois l’audience levée, sachant qu’il allait en prison sans même avoir vu un membre de sa famille, menotté, il se mit à courir et se jeta par la fenêtre de la salle d’audience. Il décéda.
A ce moment là, la caméra fut notre alliée et il semble qu’elle avait compris notre regard car la batterie était déchargée à mi-procès. Un garde nous demanda : « Vous avez-pu l’enregistrer ? ». Non, et même si nous l’avions enregistré malgré nous, cela n’aurait pas fait partie des scènes montées par souci de rigueur et d’engagement envers notre film sur « les délits mineurs » et, surtout par respect envers lui. Un dur apprentissage.
Q : Quelles sont les personnes qui ont refusé d’être filmées ?
R : Il est étonnant que la majorité ait accepté d’être filmée étant donné les circonstances. Nous leur expliquions clairement quel était notre rôle, que nous ne faisions pas partie du service du procureur ni de la défense, que nous agissions à titre privé, et que rien n’allait être utilisé contre eux. Mais une personne détenue dans un cachot depuis 24 heures pour un vol d’eau de toilette, qui n’a pas de quoi payer son loyer peut se demander : « mais qu’est-ce-que tu me racontes là ? ». Et il était logique que certains refusent. Quelques-uns ont même signé menotté l’accord pour le droit à l’image. Décidément chaque fois que je revois Bagatela, aussi « propre » et peaufiné, je me sens très orgueilleux de notre travail à cause de tous les efforts qu’il y a derrière…
Je me souviens seulement d’un cas d’un jeune homme arrêté pour avoir acheté de la cocaïne dans la rue et qui refusa d’être filmé parce qu’il était connu comme acteur de série colombienne de télévision. « Je comprends votre travail, mais il s’agit de mon image… » nous disait-il.
Q : Pourquoi n’avoir filmé ou retenu qu’un seul juge dans votre film ?
R : Nous avons même songé à ne faire apparaître que sa voix. Ah, ah, ha ! En réalité cela était déjà prévu dans le scénario. Pour centrer son attention sur un point précis, il faut faire des choix dans ce que l’on veut montrer. Et par conséquent il faut laisser de côtés certains éléments.
L’essentiel c’est la relation entre le détenu et l’avocat de la Défense. Le juge représente « l’institution », « la Justice », « la voix de l’Etat », « la loi ». C’était comme un symbole. Il fallait le dépersonnaliser. Le laisser en off, hors champ, et n’apparaissant qu’à la fin, voilà notre choix pour contribuer à cette idée. Pour le détenu, le juge représente cela : une voix, un maillet… Et cela corrobore mon idée sur la ligne infime qui sépare fiction-documentaire. Des procédés venus du cinéma noir, qui fonctionnent parfaitement dans l’approche du documentaire.
Q : Quelles ont été vos relations avec les avocats ?
R : D’une part une relation d’amour-haine, à cause de ce que je disais tout à l’heure sur la nécessité des délits, de la tragédie. Et d’autre part d’amour à cause de leur dévouement, leur capacité à endurer, leur sens de l’humour… Pour eux aussi ce n’est pas facile. Encore une fois Renoir : « chaque personnage a ses raisons ». C’est quelque chose que l’on apprend tournage après tournage. Il s’est établi un lien comme celui que l’on peut avoir avec les acteurs de fiction. Le documentaire n’utilise-t-il pas des acteurs ? Une caméra est un élément provocateur, violent, générateur de fiction. Quelque chose ou quelqu’un se comporte différemment lorsqu’il est face à la caméra. Par conséquent, il joue. J’ai perçu cette sensation et même de jeu excessif auprès de nombreux défenseurs publics au cours de leur entretien. Eux-mêmes sentaient qu’ils ne donnaient rien après trois ou quatre entretiens face à la caméra, et on sentait qu’ils se mettaient à jouer, de bonne foi, d’avantage pour contribuer à notre film que par souci d’exhibitionnisme.
Q : Quels liens établissez-vous entre votre film et Dixième chambre de Raymond Depardon ?
R : Quand nous avons commencé à créer le scénario et le projet, quelqu’un nous a parlé de Depardon et surtout de Délits flagrants (1994). Cela fut toute une découverte. Aussi bien dans Délits flagrants que dans Dixième chambre la rigueur du regard du cinéaste y est admirable. Dixième chambre est la démonstration parfaite de la manière de dessiner des personnages, d’obtenir un rythme cohérent et toute une évolution dramatique, avec l’usage du langage et de la caméra à partir d’un « matériel documentaire ». Il est impossible même dans le meilleur scénario de fiction, d’obtenir ce résultat éblouissant de « film procès ». Dans Délits flagrants, la théâtralité et même l’absurde, le jeu des personnages, la relation vérité-mensonge paraissent évidents… Tout ceci est dans les tripes de Bagatela.
Q : En quoi votre film reflète-t-il la société colombienne ?
R : C’est en quelque sorte un portrait indirect sur la méfiance envers les autorités, le manque « d’identité » nationale, les reflets du conflit Etat-coca-guérilla qui se répercutent sur les personnes contraintes à migrer. Beaucoup finissent par commettre des délits (délits mineurs) après avoir été expulsés de leur terre et arrivant sans ressources en ville. Il faut savoir que le Code pénal colombien a été réformé 4 fois en l’espace de trente ans. Quelque chose qui se présente si susceptible de changer fini par être vulnérable aux yeux du citoyen. Il est difficile de prendre au sérieux des structures et des compétences institutionnelles aussi souvent modifiées au fil des années à la recherche d’une perfection de la justice alors que la réalité sociale elle ne varie pas. Le citoyen colombien voit son « père » comme quelqu’un qui multiplie ses promesses et ne donne rien. Cela contribue à la petite délinquance. La loi ne se préoccupe pas de l’origine sociale des problèmes.
Q : La jeunesse colombienne n’a-t-elle pas d’autre avenir que le vol, comme dans Bagatela, ou le meurtre et la prostitution, comme dans La vierge des tueurs de Barbet Schroeder ( France, Espagne, Colombie 2000 ) ?
R : J’ai vécu six mois en Colombie entre Bagatela et Pescador de lunas, (2009 tourné dans la forêt de Putumayo). Je dois avouer que pendant ces six mois j’ai rencontré beaucoup plus de jeunes gens surdiplômés que ceux que je connais à Barcelone ou dans le reste d’Espagne. Le problème est que les plus diplômés sont à des années lumières de ceux qui ne peuvent pas l’être. Juste à Bogota la population peut se diviser en cinq niveaux. Le cinquième est plus riche que le plus riche de Barcelone et le niveau 0 est plus pauvre et plus dangereux que le plus dangereux d’Europe. Et bien entre le niveau 5 et le 0 il existe des niveaux moyens. Rien n’est blanc ni noir. La Colombie est pleine de zones grises. Tout n’est pas qu’assassinat, ou prostitution, pas du tout. Je ne suis pas sociologue. Je parle d’après ma perception des choses et mon vécu.
Q : Pensez-vous que ce film pourrait servir d’initiation à la procédure pénale colombienne ?
R : L’Université de Floride nous a demandé les supports de tous les entretiens filmés afin de les utiliser en classe. Beaucoup de procureurs et de professionnels du droit nous ont félicité d’être parvenus à filmer ces entretiens avec distance et sans préjugés. Ces supports semblent être très révélateurs pour les futurs avocats. Cela n’était pas notre intention au départ mais s’il en est ainsi, et bien c’est merveilleux. Dans ce sens, l’accueil reçu à La Rochelle a été très réconfortant. Je l’ai senti sincère et engagé, loin de la pédanterie et du snobisme qui, bien souvent entoure malheureusement le monde du cinéma et des festivals. La projection de Bagatela ainsi que mon passage à La Rochelle ont été très gratifiants et c’est ce type de choses qui te réconcilie avec la profession et, qui te fait sentir la passion, la vie du cinéma.
Q : Et peut-il être le point de départ d’une réflexion sur d’éventuelles modifications de la procédure pénale en Colombie ?
R : Cela pourrait paraître ambitieux… mais je crois que le système accusatoire, dans le film, met en évidence que « la vérité est en celui qui la défend le mieux et non pas en celui qui la détient ». Ceci est très dangereux … En réfléchissant et en bavardant avec plusieurs procureurs, avocats et juges tout au long de la pré-production et du tournage, j’ai entendu le commentaire le plus lucide de tous en la personne de Jaime Giraldo, ex-ministre de la Justice, qui disait ceci : « Le problème de la Justice en Colombie n’a pas de solution, il faudrait brûler toutes les Facultés de Droit ». Je l’applique aussi au thème de la Justice humaine en général, seulement comme mode de réflexion, n’est-ce pas ? (rires).
Q : Les prévenus ont-ils pu voir le film ?
R : Lorsqu’ ils acceptaient que nous les filmions et qu’ils signaient leur accord pour le droit à l’image, nous prenions soin de noter leur numéro de téléphone pour les prévenir du jour de la sortie du film. Le moment venu, nous n’avons pu retrouver personne. C’est très triste, parce qu’ils auraient d être les premiers à le voir.
Q : Comment le film a-t-il été perçu en Colombie? En Espagne ?
R : Quand nous recherchions des subventions pour notre projet en Espagne, on nous reprochait qu’il n’était pas assez politique, qu’il ne se positionnait pas assez. Et en Colombie, ce fut le contraire : il était trop politique. Nous défendions notre positionnement neutre pour que par la suite le film parle de lui-même. Mais personne ne nous appuya. Ensuite, après la naissance de Bagatela et étant donné le résultat, le film obtint le Prix National de Cinématographie en Colombie dans la catégorie meilleur film documentaire, et en Espagne, au festival de MIERES’08, il reçut le Prix de la meilleure non-fiction. Et le plus important est l’excellent accueil qu’il reçoit du public partout où il est projeté. Pour les colombiens cela tient du miracle d’avoir pu filmer au sein même des institutions. Bagatela est comme un enfant qu’il a été très difficile de mettre au monde, mais qui nous comble de satisfactions.
Q : Si vous avez déjà présenté ce film dans de nombreux festivals, l’aviez-vous déjà présenté devant un public d’étudiants ?
R : Non, jamais. Cela a été la première fois.
Q : Parlons de vos nouveaux projets
R : En ce moment nous sommes en train de préparer un documentaire que j’ai tourné l’été dernier dans la jungle colombienne, Pêcheur de lunes. Sur le pouvoir des mythes et légendes pour conforter l’identité d’une culture, sa mémoire. En ce qui concerne les futurs projets. Dans le domaine du documentaire, j’ai co-écrit avec Jorge Caballero son projet Naître, sur les maternités de Bogota, que nous tournerons en octobre 2010. Dans le domaine de la fiction, je viens de terminer le scénario d’un long métrage intitulé L’autre nom d’Ezequiel Romero. Comment peut-on régler ses comptes avec le passé ? Peut-on se venger d’un mort ? Peut-on se défaire du poids de son propre sang ? Une métaphore sur les traces laissées par la colonisation espagnole sur la malheureuse identité colombienne. Un thème qui m’obsède. Maintenant le plus difficile reste à faire : trouver une coproduction afin de pouvoir le réaliser. Quoi qu’il en soit vous pouvez connaître notre passé, présent et futur en tant que producteur sur notre page web: http://www.gusanofilms.com/
Entretien réalisé par Magalie Flores-Lonjou et Agnès De Luget, maîtres de conférences en droit public à l’Université de La Rochelle.
Traduit de l’espagnol par : Catherine Bertrand-Lara avec l’aide de Sabine Forgues, professeurs d’espagnol au Centre Interpôle d’Enseignement des Langues à l’Université de La Rochelle.
La bande-annonce du film
Voir un extrait du débat qui s'est tenu à la Faculté de droit de La Rochelle le 28 avril 2010 après la projection du film : http://droit-gestion.univ-larochelle.fr/Debat-Delits-Mineurs-consequences.html
Lire aussi l'interview du réalisateur Jorge Caballero sur le site Universcine: http://www.universcine.com/films/bagatela-bagatelle
Voir également le site officiel du film: http://www.bagatela.tv/
(responsable : Pierre Beylot)
Lundi 14
juin 2010 à 14h30, salle
Jean Borde à la Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine : « A border
dispute. À propos de
Giant (George Stevens, 1956) et Scene from the movie
GIANT
(Tino Villanueva, 1993) », Xavier Daverat, Professeur de droit
privé,
Université Montesquieu-Bordeaux IV.
Présentation de la conférence :
En 1993, le poète Tino Villanueva publie un recueil intitulé Scene from the movie GIANT, partant d'une séquence du film de George Stevens, Giant (1956), à la projection duquel il a assisté alors qu’il avait quatorze ans, et du traumatisme engendré par l’attitude d’un tenancier de caféteria raciste qui refuse de servir trois clients mexicains. L’identité mexicaine-américaine est ici approchée à la fois par un travail d’anamnèse, de relecture par un chicano de l’approche du racisme au sein d’un mélodrame social hollywoodien et d’écriture poétique dérivant d’une œuvre cinématographique.
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Jeudi 3 juin à
14h, amphithéâtre Valin à la Faculté de droit de La Rochelle, entrée libre et ouverte à tous.
Rédigé à 16h53 dans Conférences | Lien permanent | Commentaires (0)
Le mur Israélo-Palestinien au prisme du 7ème Art : fiction et documentaires
Jeudi 3 juin 2010 à
14h00 (Faculté de droit de La Rochelle, IEJ)
présentée par :
Agnès de Luget, Maître de
conférences à
l'Université de La Rochelle
Magalie Flores-Lonjou, Maître de
conférences à
l'Université de La Rochelle
Rédigé à 15h11 dans Bandes-annonces et extraits de films, Conférences | Lien permanent | Commentaires (0)
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