Il est bien joli Le cochon de Gaza qui, remonté des profondeurs de la mer méditerranée grâce au filet providentiel d’un pauvre pêcheur palestinien, empoisonne le quotidien de Jaffa son sauveur.
Il est bien joli Le cochon de Gaza qui, renvoyant dos à dos israéliens, palestiniens, religieux et forces onusiennes, enrichit l’ordinaire de Jaffa grâce au trafic de semence de porc soutirée au moyen de gants Mapa et force Viagra. Moments d’une intense jubilation ! La caméra de Sylvain Estibal nous conduit des quais appauvris de Gaza au grillage de la colonie israélienne et nous plonge dans les tribulations ubuesques d’un porc impur, hissé au rang de champion reproducteur permettant aux truies juives de mettre bas de petits pourceaux futurs renifleurs de bombes palestiniennes.
Il est bien joli Le cochon de Gaza qui, équipé de chaussettes rayées bleu et rose lui évitant de souiller de ses pattes impures le sol israélo-palestinien, nous dit toute l’absurdité d’un conflit opposant deux peuples que tout devrait unir. Dans une facture plus classique nous pensons aux excellents documentaires de Simone Bitton, Rachel et Le Mur, ou encore à la très sensible fiction Les citronniers de Eran Ricklis (sur ce films voir nos précédents billets du 6 avril 2010 et 1er juin 2010). Il y a de la parabole dans ce cochon de Gaza. Et l’on pense à la scène finale où le retour du porc impur et des fugitifs est fêté tel celui du fils prodigue de la Bible. Il y a de la Bible dans Le cochon de Gaza mais il n’y a pas que cela. Il y a du Buster Keaton, il y a du Jacques Tati, il y a surtout une manière charmante de dire qu’il est toujours loisible de traiter gaiement des sujets graves car, s’il est bien joli, il ne tombe jamais dans la cynique dérision Le cochon de Gaza. Comment alors ne pas rapprocher le film de Sylvain Estibal de celui de R. Benigni La Vita e Bella (La Vie est belle, 1998) ou de celui de R. Mihailenu, Train de vie (1998) ? Une occasion de se plonger ou replonger dans quelques lectures sur le Cinéma et la Shoah (www.cineclubdecaen.com/analyse/livres/cinemaetlashoah.htm).
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