Rares sont les films ne présentant aucun intérêt. A cet égard Polisse offre le mérite de retracer, à travers le quotidien de la Brigade de Protection des Mineurs (http://www.infos-police.com/t4012-la-brigade-de-protection-des-mineurs), les enjeux juridiques, sociaux et humains de la maltraitance que la société contemporaine réserve aux enfants.
Et justement c’est dans le parti pris de réalisation que l’on peut ne pas suivre Maïwenn Le Besco (Pardonnez-moi, 2006 ; Le Bal des actrices, 2009).
Aucun aspect de flic mal dans sa peau n’est épargné : dépression, surpression, anorexie, situations personnelles délétères, divorces, interrogatoires ubuesques, jusqu’au suicide final vendu dès les premières images et à propos duquel les deux seules questions reposent sur la double interrogation lancinante : qui et quand ? Etait-ce nécessaire ?
Aucun poncif sur le monde policier n’est épargné : entre le commandant de la brigade, grande gueule (surjoué par Frédéric Pierro), la beurette qui ne supporte pas le machisme des arabes, l’alcoolique ou les alcooliques qui ne s’admettent pas tels, le fort en thème au langage châtié « ostracisé » par des collègues pour lesquels le vocabulaire quotidien se résume à un mélange d’onomatopées et de chapelets d’horreurs, sans oublier bien sûr, le commissaire peu versé sur les misères d’un vain peuple, sur les difficultés de sa brigade et dont les seules interventions consistent à protéger les bourgeois inquiétés. Etait-ce nécessaire ?
Toutes les hypothèses de maltraitance à enfant : viol, prostitution, actes de pédophilie divers - et diable que l’imagination humaine est sans borne à cet égard -, abandon, sont inventoriées, presque numérotées, par la jeune réalisatrice avec ce que le spectateur peut ressentir comme un brin de complaisance. Etait-ce nécessaire ?
Enfin, Maïwenn Le Besco s’aime, elle ne nous le laisse pas ignorer. Elle aime son regard sur ses sujets puisqu’elle se filme dans le film ; dans le rôle de la photographe innocente chargée par le ministère de l’Intérieur de réaliser un reportage dans et sur cette brigade. Elle aime l’espace de pureté dont son regard illumine un monde de brutes ; et nous savons depuis le début que l’hostilité de Joey Starr ne peut que se transformer en torride passion. Elle aime le regard qu’elle porte sur elle-même en témoignent les nombreuse prise de vue la concernant. Etait-ce nécessaire ?
Nous aurions tendance à répondre oui, tant il apparaît que ce film n’est pas un film sur la BPM, instrumentalisée par la réalisatrice ; mais instrumentalisée au service d’une cause sans doute nécessaire : le règlement de comptes avec un passé d’enfant battue dont elle ne se cache pas. Il n’empêche que l’on peut sortir de ce film déçu, déçu de constater que l’on peut passer avec les meilleures intentions du monde à côté d’un vrai sujet.
Occasion de se ruer à l’assaut des rayonnages de sa « dévédéthèque » à la recherche de L.627 (1992) et revoir la manière dont Bertrand Tavernier filmait le quotidien d’une brigade des stups !
Attouchements, viols, violences, provocation de mineurs à commettre des infractions... tel est le quotidien de la Brigade de Protection des Mineurs (BPM) dans lequel Polisse plonge le spectateur. Sans aucune retenue, la réalisatrice, à l’image de la photographe qu’elle incarne, observe une équipe d’enquêteurs écorchés et incompris confrontés aux actes les plus intolérables. Polisse est d’abord un témoignage des difficultés rencontrées par les policiers dans leur travail, travail qui finit toujours par envahir la vie privée : dans leurs rapports avec leurs propres enfants, leur corps, leurs relations amoureuses souvent dissolues où une question des plus banale “Et ta journée ?” risque de finir en pugilat pour savoir qui de l’un ou l’autre exerce le métier le plus utile et difficile.
Par son sujet, le film symbolise ensuite l’intérêt politico-médiatique pour le contentieux des infractions sexuelles. Or, il s’inscrit à ce titre dans un contexte juridique marqué par la multiplication des lois relatives aux mineurs. En effet, alors que la justice des mineurs délinquants est en pleine évolution (Voir notamment la loi du 10 août 2011 sur la participation des citoyens au fonctionnement de la justice pénale et le jugement des mineurs), celle des mineurs victimes est aussi l’objet d’une attention constante. Soucieux de la protection des mineurs, le législateur a créé en 1998, à côté des infractions pénales et circonstances aggravantes liées à la minorité, un titre particulier intitulé “De la procédure applicable aux infractions de nature sexuelle et de la protection des mineurs victimes” (art. 706-47 à 706-53 du Code de procédure pénale). Modifiée à plusieurs reprises, cette procédure spécifique octroie au juge et aux policiers des prérogatives concernant tant l’auteur de l’infraction (expertise médicale obligatoire, possibilité d’injonction de soins et d’examen médical pour détecter une maladie sexuellement transmissible, participation à des échanges électroniques lorsque l’infraction est commise via l’internet) que les victimes mineures (faculté d’ordonner une expertise médico-psychologique, information du juge des enfants déjà saisie d’une procédure d’assistance éducative, désignation d’un administrateur ad hoc, enregistrement audiovisuel de son audition, présence obligatoire d’un avocat lorsque le mineur est entendu par le juge d’instruction, présence d’un médecin ou psychologue lors des auditions). Mais cet intérêt favorise aussi le foisonnement de lois dont la cohérence et la portée (normative) sont discutées. Ainsi de la loi du 8 février 2010 tendant à inscrire l'inceste commis sur les mineurs dans le Code pénal et à améliorer la détection et la prise en charge des victimes d'actes incestueux, dont les apports furent plus symboliques que juridiques (V. A. Lepage. JCP. 2010. I. 335. Réflexions sur l’introduction de l’inceste dans le Code pénal), et dont l’une des dispositions vient d’être abrogée par le Conseil Constitutionnel. Saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité à propos de l’art. 222-31-1 du Code pénal, celui-ci a considéré que le texte n’était pas assez précis quant aux personnes devant être regardées comme membres de la famille, et ce en violation du principe de légalité criminelle (http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2011/2011-163-qpc/decision-n-2011-163-qpc-du-16-septembre-2011.99681.html).
Sentiment de répulsion, de colère face à un père provocateur revendiquant ses relations avec sa fille et protégé par l’élite politique ; d’incompréhension face à une mère abusive inconsciente de la portée de ses gestes ; d’impuissance face aux pleurs d’un enfant séparé de sa mère faute d’hébergement adéquat mais aussi face à celles d’un homme pris sur le fait et avouant ses actes ; voilà ce que provoquent les infractions sexuelles commises à l’encontre des mineurs. La violence des images et des mots, le spectateur pouvait s’y attendre et d’ailleurs, la réalisatrice ne cache et ne suggère rien. Mais à vouloir tout montrer et tout dire par une succession de scènes toujours plus choquantes, l’on reste avec le sentiment qu’il manque quelque chose. A l’image d’un patchwork, le quotidien de la brigade se mêle à celui de la vie privée de certains enquêteurs mais aucun fil directeur, vision d’ensemble, ne semble émerger (http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2011/04/14/polisse-de-maiwenn_1507849_766360.html). Certes le film se focalise sur les enquêteurs de la BPM mais nous ne saurons rien de leur façon concrète d’enquêter – le spectateur n’assiste en effet qu’aux opérations coup de poing et aux interrogatoires - ni des rapports qu’ils entretiennent avec les magistrats qui exercent pourtant un contrôle sur les enquêtes. La diversité des enquêteurs semble alors répondre à cette volonté de tout montrer. Personne n’est oublié : du policier écorché vif qui s’identifie aux victimes (Fred) à l’enquêtrice anorexique qui ne digère pas son travail (Iris), de la policière homosexuelle à la musulmane expliquant le Coran à un père musulman abusif, du chef d’équipe paternel au supérieur hiérarchique borné, empêtré dans une logique gestionnaire et soumis aux influences des élites politiques.
Si certaines scènes sont poignantes par l’authenticité qu’elles dégagent - tels les cris de cet enfant laissé à la police par sa mère sans abris - d’autres n’ajoutent rien au film qui aurait gagné à user de plus de subtilité - ainsi du suicide d’Iris qui marque le point final du film. Enfin, certaines scènes sont troublantes tant elles semblent révéler un manque de psychologie des enquêteurs. Ainsi, du grand-père interrogé en présence de sa petite fille sur laquelle il aurait commis des attouchements mais aussi des répliques lancées par les policiers tel que “Soit tu nous dis qui t’exploite, soit tu dis rien et dans un an comme t’es plutôt mignonne, ils te foutent sur le trottoir, tu fais la pute”. Ou plus étonnant encore les interrogatoires des mineurs sans la présence d’un adulte quel qu’il soit (parents, médecin ou administrateur ad hoc). Quant aux acteurs, divers à l’image des personnages qu’ils incarnent, s’il ne fallait en retenir qu’un(e), il s’agirait de Marina Foïs qui réussit le mieux à donner à son personnage, Iris, toute son authenticité douloureuse.
Maeva Bordignon
A en croire les bandes annonces, le dernier film de Maïwenn, Polisse, prix du jury au dernier festival de Cannes, devait nous transporter dans l'univers de la Brigade de Protection des Mineurs et ses combats quotidiens pour la protection de l'enfance.
Oui mais voilà, cette prétendue immersion se révèle, progressivement, n'être qu'une suite d'énumérations de toutes les atrocités qui peuvent être commises envers un mineur. Or, ce que laisse entendre la présentation du film, ce qui nous pousse à en savoir plus et ainsi aller s'asseoir dans la salle obscure, est moins l'attente d'une présentation de toutes les brutalités existantes et commises à l'encontre d'enfants, que l'espoir d'obtenir une réponse quant à la situation de ces victimes et à leur avenir.
Las, cette aspiration n'est pas comblée à l'issue de la projection ; certes, on y voit des enfants, maltraités, abusés, violés ; certes, on y voit certains interrogatoires d'auteurs présumés, dont on ne parvient cependant pas à savoir si quelque chose doit véritablement leur être reproché.
Et ces enfants victimes, en principe au cœur du sujet du film, paraissent n'être là qu'à titre « d'accessoires » de la vie d'une brigade policière dont les membres semblent autant, voire parfois plus que les enfants, victimes, notamment d'eux-mêmes.
Aucun enseignement significatif ne peut être tiré de ce film ; à moins d'imaginer que certaines personnes n'ont jamais eu connaissance de violences faites aux mineurs, et dans ce cas, ce catalogue quasi-exhaustif de tous les actes abominables envisageables à l'encontre de ces derniers peut être un moyen comme un autre de sensibiliser un tel public non averti. Mais les journaux, notamment télévisés, ne sont pas avares lorsqu'il s'agit d'évoquer ce genre de brutalité, ce qui rend caduque cette hypothèse.
Peut-être peut-on se consoler, pour les plus novices d'entre nous, d'un enrichissement non négligeable de notre vocabulaire, grâce aux verbes d'une effrayante vulgarité qui scandent le film comme un mauvais fond sonore. Piètre satisfaction à dire vrai, et il n'y a plus qu'à se résigner à l'issue de cette projection à la présentation prometteuse mais au contenu plus controversé...
Bérangère Exposito, Etudiante à la Faculté de Droit de la Rochelle
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